Je mange bien, ne t’en fais pas — quatre manières d’habiter la table
- Le Joüy Paris
- 23 oct. 2025
- 2 min de lecture

Il y a des livres qui donnent faim autrement. Je mange bien, ne t’en fais pas en fait partie.
Ce petit recueil publié aux éditions Picquier réunit quatre nouvelles écrites par quatre autrices japonaises — Mitsuyo Kakuta, Areno Inoue, Eto Mori et Kaori Ekuni — qui ont chacune choisi un coin d’Europe pour y poser leurs personnages et leur sensibilité.Pays basque, Bretagne, Piémont, Alentejo : autant de paysages où la table devient le lieu d’un retour à soi.
Ce qui relie ces récits, ce n’est pas seulement la cuisine. C’est cette façon de dire la vie à travers ce qu’on prépare, ce qu’on offre, ce qu’on partage. Le titre lui-même — Je mange bien, ne t’en fais pas — sonne comme un message adressé à un proche lointain, un mot d’amour discret qui passe par le ventre plutôt que par le verbe. Les héroïnes de ces nouvelles cuisinent comme on se souvient, comme on se réconcilie, comme on fait la paix avec ce qui a été perdu.
Les plats — un minestrone italien, des galettes de blé noir, un gâteau portugais — ne sont jamais décoratifs. Ils condensent la mémoire, la tendresse, la douleur aussi. Un goût, une odeur, un geste suffisent à faire remonter tout un passé. Et c’est peut-être cela, la beauté du livre : sa délicatesse à relier la chair au souvenir, le repas au sentiment.
La lecture de ce recueil laisse une impression d’intimité. On y retrouve ce que la cuisine a de plus profondément humain : ce mélange d’attention, de transmission, de silence habité. Les textes, sobres et lumineux, évitent l’exotisme facile pour parler de ce qui nous relie tous : l’acte de nourrir et d’être nourri. On ressort de ces pages apaisé, un peu comme après un repas partagé avec quelqu’un qu’on aime et qu’on croyait avoir perdu.
C’est une lecture courte, mais elle dure longtemps.Elle rappelle que manger, ce n’est pas seulement se sustenter : c’est continuer à habiter le monde, un geste après l’autre.




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